Le paysage du COVID post-aigu, mieux connu sous le nom de « COVID long », n’est pas vraiment simple. Les gens peuvent être confrontés à un mélange de symptômes : dysautonomie (dysfonctionnement du système nerveux), fatigue débilitante, brouillard cérébral, et souvent un état d’inflammation persistante et de faible intensité. L’idée de plonger une personne présentant ces symptômes dans un bain froid semble donc, à première vue, téméraire. Et pour beaucoup, c’est tout à fait possible.
Mais du point de vue de la biologie des systèmes, l’idée n’est pas complètement farfelue. L’exposition contrôlée au froid constitue une hypothèse convaincante, bien que très nuancée. Il ne s’agit pas d’un remède. Il s’agit d’un outil potentiel pour réorienter de force les systèmes que le virus a peut-être plongés dans le chaos : le système nerveux autonome, la réponse inflammatoire et le métabolisme énergétique du corps. Il s’agit d’utiliser un facteur de stress aigu et contrôlé pour ramener un système déréglé vers l’homéostasie.
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Comment l’exposition au froid cible le problème principal : Réentraînement du système nerveux autonome
L’une des caractéristiques les plus courantes et les plus invalidantes du syndrome post-COVID est la dysautonomie. De nombreuses personnes souffrent du syndrome de tachycardie orthostatique posturale, d’un dérèglement de la température et de problèmes de variabilité de la fréquence cardiaque. Le système nerveux autonome est bloqué dans une boucle dysfonctionnelle, souvent dans un état de surcharge sympathique (« lutte ou fuite ») avec une faible récupération parasympathique.
C’est là que réside le mécanisme potentiel le plus pertinent du plongeon dans le froid. En tant que maître formateur du SNA, il propose un défi clair et binaire :
- Le choc : il déclenche de force une poussée sympathique massive et indéniable (le souffle, l’adrénaline).
- La contre-action : La pratique de rester à l’intérieur, en utilisant une respiration contrôlée, est une commande manuelle pour engager le système nerveux parasympathique par l’intermédiaire du nerf vague.
Pour un système qui a perdu sa capacité d’autorégulation, cette pratique consciente et répétée consistant à passer d’une forte excitation sympathique à un calme parasympathique délibéré est une forme de biofeedback. Il s’agit de réentraîner les voies neuronales qui régissent les pédales d’accélérateur et de frein. Des preuves émergentes provenant de petites études pilotes suggèrent que les pratiques qui améliorent le tonus vagal (comme les exercices de respiration) peuvent aider certaines personnes souffrant des symptômes du COVID long. L’exposition au froid est une version plus intense de ce même principe.
Refroidir le feu interne : l’inflammation et l’emballement immunitaire
De nombreux symptômes du Long COVID – fatigue, douleurs musculaires, brouillard cérébral – semblent être liés à une inflammation chronique et systémique et à un dérèglement immunitaire. Chez certaines personnes, le corps semble bloqué dans un état d’activation immunitaire longtemps après la disparition du virus.
Comme nous l’avons déjà abordé dans notre article sur les anti-inflammatoires, l’immersion régulière dans l’eau froide favorise une adaptation anti-inflammatoire à long terme. Elle modifie le profil des cytokines de l’organisme vers un état plus régulé et moins réactif. Pour un organisme post-viral coincé dans une boucle inflammatoire, ce signal hormétique externe pourrait potentiellement servir de bouton de « réinitialisation », ordonnant au système immunitaire de réguler à la baisse son état d’alarme chronique. L’objectif est d’utiliser le froid pour rompre le cycle de l’inflammation qui est directement à l’origine des symptômes.
Pour une personne dont le corps envoie perpétuellement des signaux de détresse, cet effet hormétique (stress bénéfique) pourrait théoriquement aider à calmer le système. Mais là encore, il s’agit d’un territoire d’hypothèses – la recherche humaine sur la thérapie par le froid, spécifiquement dans Long COVID, est encore limitée. Selon les études disponibles, l’immersion habituelle dans l’eau froide est liée à des changements dans les cytokines inflammatoires.
L’hypothèse mitochondriale : Soutenir l’énergie cellulaire
L’une des théories à l’origine du malaise post-exercice (MPE), l’un des symptômes les plus invalidants de Long COVID, est le dysfonctionnement mitochondrial. En termes simples, les « centrales électriques » de la cellule ne produisent peut-être pas assez d’énergie ou mettent du temps à se remettre d’un effort, même léger.
L’exposition au froid, dans d’autres contextes, est connue pour stimuler la biogenèse mitochondriale dans les modèles animaux et les premiers modèles humains. L’idée est que le stress métabolique du froid agit comme un signal pour que les cellules améliorent leur infrastructure de production d’énergie.
Cela n’a pas été prouvé dans le Long COVID en particulier, mais le mécanisme est biologiquement plausible. Le plus gros problème est que le froid lui-même est un facteur de stress, et les personnes atteintes de PEM réagissent souvent mal à tout facteur de stress, qu’il soit physique, lié à la température ou même cognitif.
Ainsi, bien que la voie soit intéressante, elle doit être abordée avec une extrême prudence.
L’effet de clarté : Pourquoi certaines personnes se sentent-elles moins « brumeuses » après un rhume ?
Le brouillard cérébral est un problème neuronal et neurochimique. La libération immédiate et massive de norépinéphrine par le plongeon dans le froid (augmentation de 200 à 500 %) est un stimulant direct et puissant des voies de concentration et de vigilance du cerveau.
Pour une personne aux prises avec un dysfonctionnement cognitif, cela peut constituer une fenêtre temporaire mais profonde de clarté d’esprit. Cela ne signifie pas que le rhume résout le problème sous-jacent, mais cela montre que les voies neuronales de la concentration sont toujours intactes.
Encore une fois, il ne s’agit pas d’une solution durable, mais cette remise à zéro temporaire peut être psychologiquement puissante et peut aider à renforcer les voies neuronales associées à la clarté qui se sont affaiblies.
Des mises en garde essentielles et non négociables et un protocole d’extrême prudence
C’est la partie qui compte le plus.
Les personnes atteintes de COVID long, en particulier celles qui souffrent de dysautonomie ou de PEM, sont souvent beaucoup plus sensibles aux facteurs de stress qu’elles ne le pensent. L’exposition au froid est un stress physiologique puissant. Même un court plongeon peut provoquer un crash.
- Le malaise post-effortest le gouverneur : si tu souffres de malaise post-effort, tu dois considérer l’exposition au froid comme une forme d’effort. C’est un facteur de stress physiologique important. Un malaise dû à un plongeon de 3 minutes peut te retarder de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines.
- L’approche de la « théorie de la cuillère » : Commence par une dose microscopique. Ne commence pas par un bain glacé. Commence par 15 à 30 secondes d’eau froide à la fin de ta douche, uniquement sur tes jambes. Surveille la réaction de tes symptômes pendant 48 heures.
- Contre-indications absolues : n’essaie pas si tu as des symptômes cardiaques actifs (douleurs thoraciques, palpitations), si tu souffres de dysautonomie avec de fortes chutes de tension ou si tu es dans un état d’écrasement grave.
- La respiration est l’outil principal : toute l’attention doit être portée sur le maintien d’une respiration lente, nasale et contrôlée dès la première seconde. Ce n’est pas négociable pour gérer le choc sympathique.
- Écoute la réponse de 48 heures : Ton critère de réussite n’ est pas la façon dont tu te sens pendant le rhume. C’est ce que tu ressens le lendemain et le surlendemain. Moins de brouillard cérébral ? Une énergie plus stable ? Ou une fatigue, des douleurs et une dysautonomie accrues ? La réponse différée est ta donnée.
- Il s‘agit d’un complément et non d’un traitement : cette approche ne peut être explorée que dans un cadre de rétablissement complet géré par un fournisseur de soins de santé bien informé, qui se concentre sur le rythme, la nutrition, le sommeil et éventuellement d’autres thérapies.
Réflexions finales
La raison d’être de la plongée dans le froid dans un contexte post-COVID est convaincante mais pratiquement périlleuse. Elle cible les dysfonctionnements fondamentaux présumés – dysrégulation du système nerveux, inflammation chronique et inefficacité métabolique – par le biais d’un stimulus puissant et tout-en-un.
Cependant, c’est un outil à double tranchant de la plus haute importance.
Pour un petit sous-ensemble de personnes qui s’améliorent lentement et qui ont une base de référence stable, il pourrait s’agir d’un outil de recalibrage du système. Pour beaucoup d’autres, il s’agit d’un risque qui l’emporte probablement sur les avantages potentiels du plongeon.
Le véritable objectif n’est pas de vaincre le rhume. Ainsi, l’approche doit être celle d’une expérimentation hyper-vigilante et micro-dosée, en sachant que le but est d’utiliser son signal aigu pour rappeler très doucement à un système malmené comment se réguler à nouveau.
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